5ème Colloque Mosaïc 2017

Dans le cadre des rencontres annuelles sur la richesse de la diversité

Comité Régional Mosaïc Auvergne-Rhône-Alpes

Avec le soutien de la Fédération Mosaïc Nationale, la Ville de Clermont-Ferrand et le laboratoire Communication et Sociétés de l’Université Clermont Auvergne

L’immigration et la société française : histoire, enseignement et réalité contemporaine.

Samedi 28 octobre, de 9h30 à 18h

ESPACE MULTIMEDIA, Salle Georges Conchon,

Rue Léo Lagrange, 63000 Clermont-Ferrand

 

« Si un étrange effet de l'idée de progrès est d'affaiblir la tendance à formuler des réserves intelligentes au sujet du futur, la nostalgie, sa jumelle idéologique, sape la capacité à faire un usage intelligent du passé ». Christopher Lasch, Le seul et vrai paradis, Climats, 2002

 

Préambule :

L’histoire de l’immigration française, remonte à la ségrégation structurelle sous la période coloniale. La domination coloniale avait marqué la domination administrative des populations colonisées. Georges Clémenceau par son humanisme avant-gardiste de dénonciation de la barbarie du colon (1885), ne faisait pas le poids face aux intérêts économiques et géopolitiques de la France à l’étranger, à l’orée du XXème siècle. Il faudra attendre la seconde guerre mondiale et jusqu’à la fin des « Trente glorieuses » pour voir se stabiliser les effets d’une immigration de travail qui va structurer durablement la démographie et l’urbanisation de la France. 86% du total des étrangers en 1974 sont d'origine méditerranéenne[1]. Ils viennent du Portugal, de l’Algérie, de l’Espagne, du Maroc et de la Tunisie et d’en une moindre mesure de l’Italie, en perte comparée aux époques précédentes. La proportion des femmes dans la part totale des immigrés a augmenté, de 38 % (1962) elle passe à 45% (1990), sous l’effet du regroupement familial, mais pas uniquement. Elles sont aussi des femmes actives occupant des métiers domestiques ou publics de « pourvoyeurs de soin » où les femmes des pays en voie de développement quittent familles et enfants pour s’occuper des enfants et personnes vulnérables au Nord. Cette féminisation diffère selon les nationalités par leur ancienneté d'installation en France. Les plus anciennes migrations étant les plus féminisées. La qualification professionnelle va peu à peu augmenter au cours du temps par l’effet de scolarisation des générations ultérieures. Mais un récent rapport du Conseil National d’Evaluation du Système Scolaire démontre la situation très dégradée du modèle français et l’épuisement de l’idée, autrefois méritocratique, du « collège unique ». Il y a bien un traitement différentiel des jeunesses issus de l’immigration dans le système scolaire français.

« Les coulisses de la « cuisine scolaire », le séparatisme social au cœur des collèges a tranquillement poursuivi son cours, sans annonce publique tonitruante. SEGPA, 3e technologiques, 3e d’insertion, option découverte professionnelle de 6 heures en 3e, … : l’histoire scolaire française est riche de dispositifs ségrégatifs, aux effets délétères très puissants sur les apprentissages. Une histoire qui se poursuit aujourd’hui avec l’institutionnalisation de la 3e préparatoire à l’enseignement professionnel »[2]

Il y a également une spécificité française que nous nous devons d’interroger : la reconnaissance positive des groupes sociaux dans une démarche inclusive ne fait pas parti du modèle français. La tradition française est de lutter contre les dérives de type sexisme – racisme – homophobie à l’exemple de l’institution de la HALDE en 2004, puis du défenseur des droits. Il nous avait fait l’honneur de sa présence au colloque de Mosaïc 2016. Les « noms de groupes » surtout les catégories ethniques, n’existent que comme stigmates sociaux potentiels et non comme valeurs positives. L’éternel débat sur l’opportunité de « statistiques de la diversité » dans les mains des démographes, sociologues et statisticiens[3], est l’exemple même de ce que l’on pourrait appeler une douleur fantôme du Régime de Vichy. Or, nous avons besoin dans la transmission et le devoir de mémoire, de faire entendre que la culture dont certains sont issus, reste plus que jamais, estimable, et qu’elle a sa place pour les guider dans la construction positive de leurs parcours de vie, loin de tout regret haineux. Quels sont donc nos leviers, hormis les témoignages individuels, et des initiatives associatives locales pour le vivre ensemble ?

Nous savons aussi par les travaux en sociologie qui sont menés en coopération avec le Commissariat Général à l’Egalité des Territoires (CGET) que les jeunes sont en grand questionnement sur les enjeux internationaux et dans le besoin, non seulement d’en parler, mais d’être acteur de leur positionnement [4]. Il semble aussi que par le terme « d’émigration pendulaire », les sociologues et anthropologues ont décrit une forme particulière d’insertion dans l’emploi des personnes issues de l’immigration récente par le fait d’investir le commerce licite ou illicite au profit de leur propre communauté. A l’orientation traditionnelle dans les filières techniques, nous observons des stratégies de démultiplication de l’expérience pour les plus diplômés par davantage de mobilité également.

 

Le Programme :